Je suis conscient qu’il existe en ce moment des tensions entre les hommes et les femmes et je tiens à souligner ce qui nous rapproche et lie plutôt que ce qui nous sépare. Beaucoup de choses, belles et moins belles, sont transmises sur l’acte sexuel car c’est une situation intime où notre être est susceptible de s’exprimer en totalité, avec ses valeurs ou ses blessures. 

Celles et ceux qui recherchent une certaine profondeur dans leur relation, se sont peut-être penchés sur le sujet, recherche aboutissant parfois au Tantrisme. Il est vrai que cette voie, souvent mal connue (plus que méconnue) fait la part belle aux sensations en général et l’acte sexuel fait partie des sensations que l’on peut éprouver. Je me rappelle avoir lu il y a une dizaine d’année l’ouvrage “Tantra” de Daniel Odier qui démystifie cette technique et en fait plus qu’une succession de prouesses sexuelles, mais bel et bien une méthode pour grandir.

Depuis mon retour d’une retraite Vipassana, j’ai clairement pu faire le lien entre faire l’amour et méditer avec 5 points essentiels:

 

1- Vivre uniquement le moment présent, sans but absolu

Certains “pensent” peut-être à une facture encore à payer, les courses à faire, les disputes de la veille, mais force est de constater que faire l’amour est un excellent outil qui permet de vivre chaque instant pleinement, dans le moment présent. En parallèle, la méditation de pleine conscience tout comme le Vipassana nous incite à observer ce qui est, ici et maintenant, sans jugement.

 

2- Focus sur sa respiration et ses sensations

Dans la technique du Vipassana, le mental est purifié et entrainé à devenir de plus en plus conscient et précis. Nos sensations corporelles de tout type sont alors de plus en plus subtiles. Dans un tel état, chaque seconde devient une explosion de sensations et le but ultime de l’orgasme libérateur devient souvent inutile. Une caresse, un mouvement conscient et lent ou un souffle peuvent nous transporter. Faire l’amour, c’est aussi donner totalement vie à notre amour sur tous les plans, du plus subtile au plus dense, donc jusqu’au corps. C’est en effet un acte où l’on peut être en harmonie sur tous les plans, aligné sur le plan mental, émotionnel et physique notamment. Je reste d’ailleurs convaincu que l’expérience du coté sacré de la relation sexuelle est obligatoire dans la quête de réalisation de soi.

 

3- Expérimenter le Lâcher-prise, l’abandon

Il y a des jours (ou des nuits) où notre mental, tel un singe affolé sautant de branche en branche, va voguer de pensée en pensée. Parfois aussi, nos sensations physiques sont plus grossières, on éprouve tout simplement moins de plaisir. Et bien c’est OK aussi, rien ne sert de (se) comparer, de jauger, de juger. Nos bonnes vieilles mémoires d’écoliers attendent une note, une appréciation, souvent plus de soi-même que de son ou sa partenaire. Ceci engendre des tensions et combien de couples finissent même l’acte “fâchés”. Ici aussi, nos blessures, notre égo, notre besoin de reconnaissance est poussé à l’extrême, avec l’image de la femme sensée soit-disant assouvir les fantasmes de l’homme et l’homme se devant de pouvoir faire jouir à de multiples reprises sa femme, comme signe de puissance, de virilité. Faire l’amour n’a pas de but, mais est aussi un chemin.

 

4- Expérimenter l’illusion du Soi et la dissolution de l’ego

Ne pas s’y méprendre, il est souvent facile que nos mémoires, schémas intérieurs et blocages s’immiscent au milieu de l’acte. Cela dit, être un long moment l’un contre l’autre, voire l’un dans l’autre, nous fait parfois oublier les frontières de notre propre corps. Je ne sais même plus où je m’arrête! Dans ces instants d’intemporalité et d’union approfondie, mon égo se dissout, prend bien moins de place qu’à l’accoutumée.

 

5- Expérimenter tour à tour son coté masculin et féminin

Que nous soyons une femme ou un homme, chaque être est constitué des deux polarité - masculine et féminine, yang et yin. Mes besoins varient et un jour j’aurai besoin de plus de tendresse, d’affection, de lenteur, de compréhension, d’être écouté. Un autre jour, mon feu me poussera a davantage de fougue, de rythme et d’une once de folie, peut-être un peu de mordant…Tant que l’acte se fait en bienveillance et dans le respect, “sex’périmenter” en conscience et se découvrir soi tout comme l’autre devient un jeu de croissance individuelle par l’union. 

 

Cela dit, je ne vous dis pas de choisir entre faire l’amour et méditer, mais vous invite à méditer avant de vraiment s’aimer et il y aura de forte de chance que votre union se mue en méditation commune.